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5 juin 2011 7 05 /06 /juin /2011 16:31

Voici un témoignage, vous pouvez y joindre vos commentaires et le signer. Vous pouvez également le faire circuler parmi vos connaissances et vers des sites de cafés philo.

En effet nous savons bien qu'aujourd’hui comme hier l'adhésion à un comportement inacceptable passe aussi bien par un soutien actif que par un silence complice Notre propos est de faire se transformer une situation peu propice au partage de la parole

 

 

 IMG_0371.JPG

 

UN CAFÉ PHILO À TROUVILLE ?
.


Trouville est en Europe c'est un fait.
Un café philo y existe depuis 15 années, c'est aussi un fait.
Ce samedi .du mois d’avril ...  Zolan et moi sommes allées  au café philo pour une ballade de pensée, pour échanger, trouver dans cette charmante ville des gens heureux de (se) questionner et un lieu qui ne serait pas que villégiature.


Il devait être question du temps et de la conscience que nous en avons.
Je ne connaissais M. K.  l’animateur. J'écoute son introduction pendant 6 ou 7 minutes... Il lance le débat, nous sommes une dizaine. Des gens commentent, s'interrogent, la métaphysique est à l'honneur et fait un peu peur semble t-il ; une conversation s'amorce. Puis le goût me prend d'intervenir et puisqu'il a été question dans la présentation de M... des repères du temps, de ce qui représente le temps, je parle des différents calendriers avec lesquels nous vivons, nous et nos voisins : chrétien, musulman, juif, chinois.... en effet,  j'ai toujours été passionnée par cette notion du temps historique ou religieux qui se décline différemment selon nos appartenances culturelles, nos origines, nos choix et détermine des représentations complexes à partager. Une autre femme parle du présent, y être, ne pas se sentir totalement là, au présent... Un bref moment de bonheur émerge dans ces échanges simples et authentiquement vécus... la jubilation du parler vrai, de chercher une vérité ensemble...

D'autres personnes interviennent, M. K. aussi... et soudain très raide il décrète que « nous ne sommes pas ici pour faire de la philo «de paysan en train de nourrir ses poules» . Mon amie Zolan très calmement suggère que c'est un peu dommage de ne pas prendre en compte l’activité de pensée d’un paysan ou de tout autre être humain et que la pensée, la philosophie ne sont pas qu’affaire de spécialistes.
M.. K. (devenu rouge inquiétant), se lève et décrète très abruptement et sans aucun à propos que « cela suffit, on arrête la séance ». Tout le monde est surpris, choqué. Trois femmes sont visées : nous. Celle qui a fait place à d’autres cultures, celle qui a interrogé son expérience personnelle, et celle qui refuse que la pensée des  « non spécialistes » soit méprisée. Nous sommes les empêcheuses de penser en rond.

De tendue et étrange la situation devient violente.

 
M. K. ... me crie "dégagez !!!"... à plusieurs reprises, me désignant explicitement, puis nous désignant tout aussi nettement de la main, du regard, de l'adresse.

Il suffoque en disant "cela fait 15 ans que cela tient ici et ce ne sont pas des mémères qui vont me remettre en question" - la connotation misogyne est manifeste.

Puis il se lève, attrape le bord de la table devant lui et se dresse, menaçant.
Tout cela est si rapide, si brutal, si bête que nous avons du mal à réaliser.


Quelques personnes trouvent le comportement de M.K. abusif, mais beaucoup sont comme interdites, sidérées. Une femme blonde nous sourit avec solidarité.


Je m'avance vers lui, très calme et lui dit "vous savez que vous avez un comportement fascisant là tout de suite ? "
Il répond ( j'espérais naïvement des excuses, une prise de conscience) : "eh bien en l’occurrence je l'assume ! "

 

Nous, les trois femmes assignées à exclusion, nous nous sommes rapprochées les unes de autres, à la fois indignées et résolues à ne pas nous laisser faire, et aussi à sortir respirer, parler, manifester ainsi un désaccord profond devant ce comportement abusif.
Il nous dit encore : « dégagez, dégagez !!! »

Nous partons toutes trois... atterrées... nous allons boire un verre et discuter enfin... La seule chose heureuse pour nous a été cette rencontre avec une femme intelligente et lucide... J'apprends par Zolan que d'autres ont déjà souffert des excès, du mépris et des carences de M.K. .. et que quelques uns pensent à créer un nouveau lieu...

 

Le réel de cette situation était pire qu’il n’apparait dans mon récit, la haine plus virulente, les propos de M. K. et le silence de certains plus dangereux...
Ce qui m'inquiète beaucoup c'est la légitimité dans laquelle ce petit chef se tient, qu'est-ce qui lui permet d'insulter, de faire "dégager" des personnes qui viennent s’exprimer dans un lieu de liberté ? Un lieu démocratique ? Un café philo ouvert dans une salle municipale ? Pour virer celles qui n'ont en rien dérangé les règles de vie, de convivialité, d'attention nécessaires à l'exercice d'un café philo ?

Qu'est-ce qui autorise ce type de comportement ? La haine était si flagrante - sa mise en actes par nos exclusions reflétait bien les enjeux de M.K.. - interdire d'autres formes, d'autres manifestations de la pensée... que  la sienne.

 

        J’appris que cet abus de pouvoir s’était déjà annoncé par des d’autres paroles discriminatoires lors d’autres séances : d’après M.K. il y aurait « une              religion supérieure » et « notre civilisation aurait le droit de donner des leçons au reste de l’humanité ».

 

Si nous sommes parties c'est pour ne pas avoir à le supporter davantage, pour ne pas gâcher notre journée, pour ne pas nous énerver, certainement pas pour accepter l'injonction, ni obéir, certainement pas pour nous taire et laisser faire... C'est pourquoi nous vous écrivons aujourd'hui. Nous espérons en votre réactivité, non pas pour interdire mais pour défendre ce que café philo veut dire, pour la liberté d'être et de pensée... pour questionner des règles, des idées dans une Europe où des lois d'Etat discriminatoires renforcent et légitiment trop souvent, dans les médias et ailleurs, les tentations d'affirmer des discriminations jalouses comme normes trop banales.

Peut-on parler alors d’un café philo à Trouville ?

Ou bien s’agit-il d’un lieu de manipulation, d'endoctrinement ?  Je ne parle pas là de l'influence que chacunE d'entre nous peut exercer, volontairement ou inconsciemment, du fait même  de son univers personnel, de ses horizons poétiques et politiques, de ses connaissances... Je parle bien d'endoctrinement puisque en lieu et place de réflexion, de paroles partagées, d'écoute et de références, c'est par la négation de la parole, de l'autre, de l'apport de cultures différentes, de questionnement que le petit maître à penser de Trouville fabrique son discours et ses interventions en interdisant explicitement d’une manière que nous pourrions qualifier sans excès de xénophobe, de peur des étrangères, de  tout ce qu’il appelle « chemin de traverse ».

Les montées d'extrême droite en Europe loin d'être un fantasme se trouvent confirmées par des élections, des milices, des lois, des discours, des actes. Le danger est réel malgré les protestations et les actes de beaucoup de citoyenNes, d'associations,  de  magistratEs et d'avocatEs et même de la cour européenne. Il y a donc lieu d’être vigilantEs partout où nous sommes.
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La pensée arrêtée

A la séance suivante l’animateur du café philo présenta une sorte de justification de son attitude, disant qu’il avait du mal à supporter que les participants ne suivent pas le cours de la démarche qu’il avait imaginée, sans toutefois présenter d’excuses aux personnes si violemment mises en cause et exclues.

Toujours décidée à œuvrer pour une libre circulation de la parole en ce lieu public (les locaux sont en effet prêtés par la mairie), je reviens pour une nouvelle séance après avoir longuement discuté avec des amis trouvillais, membres de l’association du café philo, absents la fois précédente.

Cette fois ci, le thème choisi par l’animateur était « pourquoi la culture ?». Après son exposé principalement appuyé sur des notions kantiennes, la discussion s’engage sans qu’aucune définition du concept de culture n’ait été proposée. Enseignante en philosophie je sais que l’absence de définition du concept dont on parle entraine un certain flou, ce qui ne manqua pas de se produire.

Après quelques échanges, une participante intervint pour évoquer ce qui pour elle dénotait un manque de culture : le fait que des jeunes et des moins jeunes prennent souvent l’attitude qui consiste à dire « moi, je veux et ce que pensent les autres m’importe peu ». L’animateur alors se permet de l'interrompre en disant d’un ton cassant que cela n’avait aucun rapport avec le sujet. Je laisse passer quelques minutes puis interviens pour reprendre cette parole abandonnée, essayant de faire le lien entre la culture en tant que mémoire commune et la volonté de toute-puissance que cette femme évoquait à propos de certains adolescents.

L’enfer se déchaine alors, je me fais traiter de provocatrice. Rouge et quasi hurlant, le monsieur déclare «  vous venez ici pour prendre ma place, d’ailleurs je l’ai bien vu lorsque votre amie a  eu la même attitude à mon égard la dernière fois ». Quelques remous dans la salle ne l’empêchent pas de continuer sa diatribe et de vouloir, une fois encore, clore la séance.

Les participants (nous étions une vingtaine)  n’obtempèrent pas, la discussion reprend. En retrait pendant quelques minutes, M. clôt la tentative d’un autre participant qui remettait en cause la supposée supériorité de « notre culture » sur toutes les autres, arguant cette fois du « bon sens » pour étouffer toute velléité de discussion.

Puis il se tourne vers moi soudainement «  Madame, défendez-vous donc l’anthropophagie comme valeur culturelle ? ». Ne me sentant pas concernée par ses projections racistes, je ne réponds pas à son injonction et me contente de sourire.

Ne se sentant pas assez soutenu, il tire alors ses dernières cartouches, prétendant instaurer une règle selon laquelle n’auraient le droit de parler que ceux qui seraient membres de l’association et que par ailleurs, on pourrait exclure (à tour de bras sans doute) ceux et celles qui seraient des « provocateurs ».

Cette petite scène appelle plusieurs commentaires :

Oui la discussion philosophique est une provocation, un appel à penser.

Non, les café philo ne sont pas les basses cours de petits coqs  mais des lieux de parole et de réflexion où chacun apporte sa contribution, si modeste soit-elle..

Non, le bon sens de certains ne fait pas loi contre la pensée des autres

Oui, il serait bon d’ouvrir un lieu de pensée à Trouville.

 

 

 

  le silence
Brigitte Fontaine et Areski

 

 

Ines de Luna (Montreuil) Zolan’gono (Trouville)

 

« ...Ensuite, et c’est l’essentiel, tous les sujets sont susceptibles d’être traités de manière philosophique. La philosophie ne tient pas à ses sujets. Ce n’est pas une « matière » à enseigner ni un champ à cultiver, c’est un état d’esprit, une manière de faire usage de son intellect. Le philosophe n’a pas d’objet propre. Il part des idées reçues, des opinions du sens commun, des idéologies dominantes, des révélations religieuses, des réponses données par la science pour les soumettre à l’examen. Tout est donc objet de sa réflexion. Le néophyte n’a nul besoin de se faire une montagne des sujets propres à cette discipline. Il n’y en a pas. Il n’y a pas de spécificité de l’objet de la philosophie : philosopher c’est mettre en question, au sens banal de l’expression, ce qui est déjà là comme réponse et qui, de fait, ne convient pas. » (Marc Sautet Un café pour Socrate (Robert Laffont, 1995) p. 35) http://www.cafe-philo-des-phares.info/index.php?option=com_content&task=view&id=159&Itemid=37

« L’esprit qui règne dans un café-philo est celui de tolérance, d’ouverture et de pluralisme, ce qui en fait une pratique propre à des sociétés démocratiques. Le fondateur Marc Sautet tenait à ce que la philosophie reprenne sa place au milieu des débats de la société contemporaine, comme instrument de pensée critique et de liberté, favorisant la vigilance et la lucidité chez des citoyens responsables. » «http://fr.wikipedia.org/wiki/Caf%C3%A9_philosophique

   

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Published by Lutheuses de Rrue prisesdepensee - dans Lutheuses de Rrue
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commentaires

Ramsès 29/10/2014 19:51

Ma vue de ce café philo à travers quelques dessins sur ma page facebook dédiée "denis demouge pérégrin imagier". J'ai ressenti un peu tout cela et ai eu l'impression d'assister à du mauvais théâtre de boulevard avec une distribution triste des rôles et bien peu de rebondissements. C'était en octobre 2014.

inès 31/10/2014 12:13

j'ai rien vu, sauf les dessins, j'aime les croquis et dessins, mais oui ce café philo est du mauvais théâtre

Ramsès 31/10/2014 12:02

Commentaires sur ma page facebook (perso) ...

inès 31/10/2014 11:43

vous voulez dire que vous êtes aller à ce même café terne de la philosophie savante contre celle des paysans ( sic)... et du pouvoir contre la pensée, de la médiocrité aussi contre la pensée... dites nous !!!

Sissy 20/08/2014 10:45

Bonjour,
Étant inscrite en licence de philo. J'avais l'intention de venir à ces rencontres mais je dois dire que je suis assez déçue par tous ces écrits.

gabriel 15/08/2011 07:09


Vous disposez d'un blog qui vous permet des relations avec autrui , sans vous placer au même niveau que lui : vous débarquez dans un des lieux de vie de K. , ce qu'il dit vous offusque , vous le
rendez public tel que vous le ressentez , sans vous soucier de son avis , et demandez des commentaires que, bien évidemment vous publierez s'ils vous conviennent . K. s'est adressé à vous , les
yeux dans les yeux , et ce qu'il a dit vous a déplu....Alors , disposant d'une arme de destruction , votre blog , vous avez décidé de lui régler son compte , sans la moindre possibilité pour lui de
disposer d'une défense . Croyez vous vraiment votre méthode démocratique ? Votre technique de publicité rappelle quand même de grands procès de l'Histoire dans des pays peu "démocratiques " . Vous
n'échangez pas d'égal à égal avec K. car vous disposez d'une arme alors que lui est à mains nues, quelles que soient ses idées .


prisesdepensee 05/09/2011 21:50



Cher Gabriel


Ayant été agressées, d’une manière évidente, et ce à plusieurs reprises  nous avons néanmoins tenté d’ouvrir un dialogue en revenant à quatre reprises au café philo. Il semble que votre
monsieur K. n’ai pas eu les moyens ni la volonté de saisir cette perche que nous lui tendions par notre seule présence. Contrairement à ce que vous pensez il ne s’agir d’un procès (ce serait
kafkaïen) mais de la simple relation de faits inacceptables dans un café philo.


La discrimination évidente dont il a fait preuve ne saurait se justifier. Quant au caractère démocratique de notre méthode, réfléchissez une seconde : si vous êtes face à un sexisme, ;
un racisme, un refus d’écouter l’autre, comment pouvez-vous prétendre qu’il s’agirait d’un débat démocratique ?  


 Un débat démocratique suppose l’égalité entre les intervenants, or votre M. K a à plusieurs reprises argué d’une supériorité qu’il est le seul à partager ! supériorité
affirmée du Blanc, du mâle, du jargonneur philosophique et cela afin de détruire toute velléité de dialogue.


Certes, nous n’échangeons pas d’égal à égal avec quelqu’un qui se permet entre autres


D’essayer d’interdire de parole, d’expulser des personnes qui ne disent pas la même chose que lui


De manifester une violence extrême à l’encontre de personnes qui voulaient simplement s’exprimer


De pointer du doigt une femme d’origine africaine en ironisant sur l’anthropophagie


De répondre à l’une d’entre nous qu’il assumait d’être dans un comportement fasciste


Et cela nous nous  l’assumons ainsi que notre position par rapport à ce que devrait être à nos yeux un espace public de discussion.


Cet article a aussi pour objectif de mettre en évidence un laisser aller contre lequel ; nous, lutheuses de rue, nous combattons, trouvant que se banalisent un peu trop les violences tous
azimuts.


Ce M.K. n’est pas sans moyens, Il dispose, grâce aux pouvoirs publics d’une place dont il a effectivement abusé.


Nous restons à votre disposition.


 



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